Avant de commencer, mon conseil avant de lire Frantz Fanon est : Prenez un dictionnaire à côté de vous et ( deux conseils) préparez vous à relire la même phrase, page ou chapitre plusieurs fois pour en comprendre réellement le sens. Si tu ne me crois pas définis moi  » Structure d’abandonnique ». Je pensais pouvoir terminer le livre en un mois … je me suis surestimée. A la lecture du livre on est entre complexité, réalisme, dureté des faits et remise en question, c’est vraiment intense & particulier.

Le livre se décompose en 7 chapitres :

  • Le Noir et le langage
  • La femme de couleur et le Blanc
  • L’homme de couleur et la Blanche
  • De prétendu complexe de dépendance du colonisé
  • L’expérience vécue du Noir
  • Le nègre et la psychopathologie
  • Le nègre et la reconnaissance

A la lecture du livre j’ai divisé le livre en trois parties, un choix propre à moi même et en toute humilité face au travail gargantuesque fait par Frantz Fanon. Et je vous avoue que même en relisant mes notes j’ai l’impression qu’il me manque des idées et surtout qu’une seconde voire même troisième voire même plus lecture est nécessaire. Je pense donc relire le livre dans l’année et éventuellement mettre à jour cet article.

Du chapitre 1 au 4, Fanon fait une description de la maladie mentale chez les personnes noires ( homme ou femme) qui souhaite à tout prix, quitte à en perdre leur identité, pas simplement plaire mais être accepté par le colon. Et cette acceptation passe par le rejet complet de sa culture en l’insultant, en la dénigrant et en adoptant les us et coutumes d’autrui au détriment des siennes.

Et tout ceci est le fruit de la société dans lequel il vit … rien n’est fait pour que l’homme noir ou la femme noire s’aime :

« Ayons courage de le dire : c’est le raciste qui crée l’infériorisé. »

« S’il se trouve à ce point submergé par le désir d’être blanc, c’est qu’il vit dans une société qui rend possible son complexe d’infériorité, dans une société qui tire sa consistance du maintien de ce complexe, dans une société qui affirme la supériorité d’une race ; c’est dans l’exacte mesure où cette société lui fait des difficultés qu’il se trouve placé dans une situation névrotique »

On comprends que ce rejet de la langue, de la culture, de la négritude & même de sa propre famille est selon Fanon une maladie mentale, dans laquelle le noir est totalement plongé. En imitant et perdant totalement ce qu’il est réellement au profit de ce qu’on lui impose. Ce qu’on lui impose depuis qu’il a été déraciné de force de chez lui, depuis que l’Afrique n’est plus sa source. Ensuite il est devenu antillais … et à même en désir de ne plus l’être, de ne plus avoir son accent, de ne plus parler sa langue … de ne plus être antillais. Et cette maladie touche tous les noirs qui ont un lien avec le colon, ce noir souhaite ne plus être lui pour être l’autre.

Et par le biais de ses relations amoureuses, ses choix de conjoints il souhaite par dessus briser cette lignée de noir … et pense que le métissage sauvera sa lignée.

 » (…) le noir ne doit plus se trouver placé devant ce dilemme : se blanchir ou disparaître, mais il doit pouvoir prendre conscience d’une possibilité d’exister ; autrement dit encore, si la société lui fait des difficultés à cause de sa couleur (…). »

Ici, pour moi c’est comme une transition vers la seconde partie … ici c’est un peu la rebellion de Frantz Fanon, il faut que le noir se réveille, il faut que le noir refuse de se laisser insulter.

 » Je décidai, puisqu’il m’était impossible de partir d’un complexe inné, de m’affirmer en tant que NOIR. Puisque l’autre hésitait à me reconnaître, il ne restait qu’une solution : me faire connaitre. »

Ici Fanon, essaie de nous expliquer ce qu’il se passe dans la tête du noir qui ne tolère plus d’être maltraité … le noir est perdu, il a l’impression d’être inexistant, « Sentiment d’infériorité? Non, sentiment d’inexistence. »

L’auteur met en parallèle la négrophobie & l’antisémitisme quant aux traitements faits aux hommes à cause de leurs origines, de leurs couleurs de peau.

Fanon prend en exemple un médecin noir, qui n’est pas jugé à cause de ses compétence mais simplement parce qu’il est noir. Et le médecin noir est torturé par l’idée qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Si l’on fait un saut dans le temps et atterrissons au 21ème siècle. De nos jours, quel artiste, entrepreneur, salarié noirs ne s’est pas déjà senti sous la pression de sa couleur?

« Comme la couleur est le signe extérieur le mieux visible de la race, elle est devenue le critère sous l’angle duquel on juge les hommes sans tenir compte de leurs acquis éducatifs et sociaux. »

Et enfin, il reste la dernière partie avec les deux derniers chapitres, où Fanon étudie ce qu’il s’est passé pour le noir, pourquoi et à cause de qui il se retrouve dans cette situation de perdition en le mettant en exergue face à deux principes et sciences.

La psychopathologie c’est l’étude des troubles mentaux, Fanon par différents exemples prouvent que les noirs souffrent de syndromes qui les poussent à valoriser la culture des autres aux détriments de la sienne. En parallèle, il montre aussi la maladie mentale des blancs face à la peur qu’ils ont des noirs, en créant une image négative du noir, certains d’entre eux deviennent traumatisés par le noir sans même parfois en avoir rencontrés.

Enfin, le noir et la reconnaissance, j’avoue avoir relu plusieurs fois ce chapitre car je trouve qu’il y a pas mal d’idées qui s’y croisent, entre le besoin de reconnaissance du noir par son oppresseur, tout en relevant la difficulté qu’à le noir à vraiment se libérer & enfin une ode au respect de la dignité humaine.

 » Oui à la vie. Oui à l’amour. Oui à la générosité. Mais l’homme est aussi un non. Non au mépris de l’homme. Non à l’indignité de l’homme. A l’exploitation de l’homme. Au meurtre de ce qu’il y a de plus humain dans l’homme : la liberté.« 

Ce que je retire de cette lecture c’est que les propos datant de 1952 sont encore d’actualité. Longtemps, dans la communauté noire on utilisait le terme « Bounty » souvent à tort certes mais parfois je constate que cet adjectif décrit vraiment la psychose décrite par Frantz Fanon. Au XXIème encore beaucoup dans notre communauté ressentent le besoin de renier leurs cultures au profit d’une autre et le sentiment d’avoir à toujours faire plus car nous sommes noir(e)s est encore plus d’actualité.

Fanon relève aussi l’importance de l’image créée autour du symbolisme  » noir » : « Dans l’inconscient collectif de l’homo occidentalis, le nègre, ou, si l’on préfère, la couleur noire, symbolise le mal, le péché, la misère, la mort, la guerre, la famine. »

En mai 2020, j’avais relevé ce problème en vous demandant de citer les expressions que vous connaissiez qui réduisait sans cesse le noir au mal… et même si certain(e)s pensent que ça n’a pas de rapport, je pense et Fanon confirme que tout est lié, cette idée négative a été créée de toute pièce pour nuire aux noir(e)s. Retrouvez le post ici.

La question que je me pose est Fanon était-il en avance sur notre temps ou notre communauté est-elle en retard?

La comparaison avec la communauté juive qui a réagit différemment aux traumatismes qu’elle a vécu … nous montre que notre communauté doit encore guérir, d’une vraie maladie qui porte un vrai nom. Cette maladie passe de génération en génération et celle ci est le rejet de soi-même. Pour que notre communauté regagne de sa splendeur, il est temps de se soigner, de se couper de cette perte d’identité culturelle, de regagner de sa royauté et de sa prestance.

Dans sa conclusion Fanon met un mot clair sur ce processus : la désaliénation :

  • Désigne la cessation de l’aliénation, la fin d’un état aliéné.
  • Etat où l’homme se trouve libre en ayant supprimer les contraintes et autres entraves.

Il fait réellement une ode à la liberté, au respect de l’homme sans privilégier aucune « race », aucune communauté, ce que je comprends ici c’est que c’est le respect de chacun qui « sauvera » l’humanité.

« Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose : Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. »

Pour terminer, je partage la prière de Frantz Fanon, pour que le savoir et la connaissance soient toujours notre leitmotiv.

« Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! »

Merci pour votre lecture, j’ai hâte de lire vous retour.

Par nous, pour nous et surtout avec nous.

Ancelocks.

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